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Pays d’originie
Côte d’Ivoire
Art
Sculpture
Techniques utilisées
Bois, peinture européenne
Année ou période de création
1970s
Dimensions
H : 56 cm
Mamy wata, ou le thème de la femme-sirène qui s’imbrique souvent avec le thème de la femme au serpent ne sont pas antérieurs à 1940 dans la statuaire ivoirienne.
Le terme mamy wata recouvre deux mythes vieux comme le monde mais bien différents : celui de la sirène (qui apparaît déjà dans l’odyssée de Homère) et celui de la femme et du serpent (dans la Genèse, qui introduit tout le récit biblique).
Techniquement, ce terme est une déformation de « mamy water », la femme de l’eau, en « pidgin english », la langue véhiculaire des relations entre populations locales et européennes, sur presque la totalité de la côte ouest africaine, entre 1600 et 1900, du fait de la prédominance absolue de la présence anglaise. Il s’agit donc bien à l’origine d’une référence à la sirène.
L’usage et des cultes plus récents ont cependant déformé cette appellation qui se réfère plutôt aujourd’hui à la femme au serpent.
Une certaine confusion entre les deux notions existe chez beaucoup de commentateurs.
Le mythe de la sirène était un classique de la marine à voile de l’époque, où les marins, d’une extrême superstition, étaient persuadés de l’existence de cette femme poisson, et pensaient la voir dans certains mammifères marins qu’ils rencontraient au cours de leur périples. Les nombreuses lagunes de la côte de l’Afrique de l’Ouest possèdent justement le lamantin, un mammifère aquatique que sa taille, l’aspect de sa tête, et la présence chez la femelle de deux seins qui ressemblent à ceux d’une femme, le bas du corps se terminant cependant par une nageoire, rapproche le plus de l’aspect humain. Chassé dans certaines zones, il faisait par contre l’objet d’un culte dans d’autres, lié au culte de l’eau, et la conjonction des croyances locales et des superstitions des équipages européens donna corps à ce mythe de la femme des eaux : mamy wata.
Le lamantin habite aussi certaines zones de la boucle du Niger, et on retrouve donc le thème de la sirène dans les marionnettes BAMBARA et BOZO, (photo) qui elles ne reprennent jamais le thème de la femme au serpent comme sur la côte atlantique.
Parallèlement, le culte du serpent, avec ses féticheuses existait sur la côte de l’actuel Bénin (royaumes d’Abomey et Porto Novo), mais sans être lié à l’appellation mamy wata. Il semble que ce soit vers la fin du XIXe siècle que cette confusion se soit introduite et que le terme mamy wata ait commencé à désigner non plus la sirène, mais la féticheuse au serpent d’où la femme au serpent.
Une lithographie allemande de la fin du XIXe siècle (reproduite ici) et représentant probablement une divinité indienne, connut un succès inattendu sur la côte d’Afrique à cette époque et par la suite, à tel point qu’elle fut rééditée vers 1940 par une maison indienne pour être diffusée largement ! La plupart des représentations de mamy wata suivirent alors le modèle représenté dans cette lithographie : une femme très belle, tenant un serpent autour du cou et au-dessus de sa tête.
On la retrouve notamment, reproduite souvent avec une grande fidélité, dans la plupart des statues et des masques représentant mamy wata en Côte d’Ivoire, aussi bien d’ailleurs que dans la peinture naïve congolaise.
Toutes sortes de mythes et de cultes se sont greffés sur ce thème de la femme au serpent, et son origine béninoise, lié au culte du vaudou, et en ont fait un mythe très répandu dans la diaspora, notamment aux Antilles. Beaucoup de légendes l’accompagnent : une femme très belle, à la sexualité prononcée, qui choisissait ses proies masculines et leur promet la richesse ou le malheur, et probablement toutes les variantes possibles sur ce thème. La sirène a donc été largement remplacée comme mamy wata par la femme au serpent, mais elle subsiste néanmoins marginalement dans l’art de transition en Côte d’Ivoire.
L’exemplaire proposé ici est un masque GOURO, bien caractéristique avec la bouche ouverte et les dents apparentes qui n’existent pas ailleurs que dans la sculpture de cette population.
Les masques comportant une représentation en cimier sont quasiment une exclusivité GOURO, et les thèmes figurés font preuve d’une extraordinaire imagination, et souvent d’une qualité d’exécution remarquable. Le thème de mamy wata n’a pas été oublié par ces grands sculpteurs, et la représentation de la femme au serpent suit assez fidèlement celle de la lithographie allemande.
Ces masques étaient généralement réalisés pour une circonstance particulière, et rarement destinés à être conservés, et donc sculptés dans un bois très léger. Certains thèmes sont explicites, comme la réception d’un notable dans un village (cimier représentant la personne en question), ou bien des funérailles (cimier représentant une scène de funérailles, et plus tard un corbillard), par contre, le type de circonstance pour lesquels un masque mamy wata était exécuté reste du domaine des hypothèses.
Sur le masque proposé, on appréciera la qualité de l’exécution, l’équilibre de l’ensemble, la beauté exceptionnelle du cimier ainsi que l’état de conservation parfait pour un objet qu’on peut situer dans les années 1970, ce qui en fait un objet d’une très grande rareté.