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Pays d’originie
Congo
Art
Peinture
Techniques utilisées
Acrylique sur toile
Année ou période de création
2021
Dimensions
66 × 86 cm
« On ne peut pas parler de l’homme sans la femme . »
Longtemps porté sur l’érotisme, BOBOMA s’est progressivement tourné vers la sacralité à travers le symbolisme religieux. Peindre le symbole fort de la crucifixion était donc une étape importante et incontournable dans la globalité de son œuvre. Fidèle à son écriture picturale, l’artiste sature la toile de couleurs. L’unique personnage se distingue par des tons sombres: le crucifié est noir et maculé d’un sang épais et foncé.
Est-ce une réappropriation de l’histoire et du sacrifice suprême ou s’agit-il d’un crucifié autre que le Christ ? Toujours est-il que le contraste et l’organisation des couleurs rendent la scène particulièrement saisissante. Le crucifié dégouline de sang, criblé de clous, les yeux exorbités, serrant les dents dans un affreux rictus. Le regard est mauvais, presqu’insoutenable.
Qui a vu, ne serait-ce qu’une fois une scène de la crucifixion du Christ est frappé par le nombre de clous qui transpercent le corps du sujet ici présenté. Autant de clous que de péchés à expier ? Acharnement ? Règlement de compte ? Vengeance ? Sadisme ? Même la couronne d’épines a disparu pour laisser la place à ces tiges en métal. Nous sommes devant une scène de torture et nous imaginons le supplice. Chaque morsure de la chair, chaque douleur infligée, la déchirure à chaque respiration, la brûlure intense, vive et la vie qui suinte lentement en dehors du corps sans pour autant se résoudre à s’éteindre pour libérer le supplicié dont tout l’être n’est plus que souffrance.
Boboma a traversé en 2021, année de ce tableau, des moments difficiles, un problème sanitaire qui l’a poussé à lancer un appel à l’aide public, un cri de détresse sur les réseaux sociaux. Cela a-t-il un lien avec la violence de cette crucifixion ? S’agit-il d’une sorte d’exutoire ? Quoi qu’il en soit, l’artiste nous livre une œuvre profonde et brutale. Presque viscérale.
L’homme sur la croix est nu. Chose étrange, il porte des colliers de perles à la taille. Cet attribut de beauté de la femme africaine est troublant dans ce contexte et laisse la porte ouverte aux hypothèses. Ce collier de perles serait-il l’objet du crime ou juste un clin d’œil à un symbole de la féminité à laquelle cet artiste est attaché ? Devant ce tableau, chaque spectateur pourra sans peine laisser libre cours à son imaginaire et se laisser imprégner. Devant une telle œuvre, l’indifférence n’est pas de mise.